Proposition rapide d'une vision économique de l'actuel et d'un éventuel demain

Les organisations syndicales de lutte, les partis politiques de gauche et les autres types de collectifs engagés pour l'émancipation sociale dans l'économie se battent souvent au moins pour l'amélioration immédiate des conditions de vie des travailleurs et travailleuses. C'est bien, mais, en plus de cet objectif de court-terme, on peut avoir pour horizon d'aller bien plus… D'où ce petit texte, qui présente rapidement comment l'on peut définir le capitalisme et ce qui ne va pas avec lui, mais surtout une proposition économique autre et pensée comme meilleure.

Le mode économique actuel : le capitalisme

Des rapports sociaux

Le capitalisme est la conjonction de trois rapports sociaux fondamentaux : le rapport de propriété, le rapport monétaire-marchand, le rapport salarial. De par la séparation entre personnes détentrices de capital (donc des moyens de production) et celleux qui leur vendent leur force de travail, il y a division entre bourgeoisie et prolétariat et les intérêts antagonistes qui vont avec, donc lutte des classes.

Le profit comme fin

Dans le capitalisme, il y a de la concurrence, à travers le Marché ou l'État (URSS & co). Pour qu'une entité productive survive, il faut qu'elle soit compétitive. Pour cela, le travail vivant est sous pression et plus de machines sont mobilisées, tandis que l'environnement peut être saccagé à souhait. Chaque capitaliste se bat pour son profit et sa puissance et non pour le bien commun.

Une dynamique d'expansion

Pour maintenir le profit, il faut sans cesse de nouveaux débouchés, ainsi que rechercher les ressources et le travail au prix le plus bas, donc créer des besoins et/ou implanter le capitalisme ailleurs. L'expansion est donc nécessaire et elle peut être faite de 2 manières non-contradictoires et donc complémentaires, en accroissant la puissance de la capture (par plus d'exploitation, plus d'inclinaison à sa logique, plus de consommation monétaire-marchande, etc.) et/ou en mettant de nouvelles choses (plus ou moins partiellement) sous son empire et donc soumises à sa logique.

La propriété

Les moyens de production (outils, machines, savoirs, etc.) n'appartiennent pas à celleux en faisant usage, de par le principe même de la propriété privée et public, même si c'est parfois en pratique le cas (par exemple dans l'artisanat, "l'auto-entreprenariat", ou les authentiques coopératives de travailleurs et travailleuses). Pour produire nombre de biens et services, il faut donc en passer par les capitalistes ou l'État. De plus, certaines infrastructures coûteuses hors travail (notamment le logement) peuvent être accumulées et utilisées comme sources lucratives au dépent de celleux n'ayant pas assez de moyens.

Monnaie et marchandise

Par privation des moyens de production, le prolétariat ne peut décider quoi produire et comment le répartir. À la place, le produit est hétérogène aux prolétaires et n'est accessible qu'à travers le Marché ou l'État via des marchandises contre monnaie ou "gratuitement" après prélèvement ou travail obligatoire.

Le salariat

Pour obtenir de quoi subvenir à leur reproduction matérielle (c'est-à-dire vivre "convenablement"), un salaire est nécessaire sans moyen propre de production, donc la masse du prolétariat doit s'employer auprès de capitalistes et de l'État et obéir au désir patronal ou (para-)étatique. Cette dépendance malsaine conduit à ne point pouvoir se comporter en (quasi-)égaux et annihile de fait la possibilité démocratique, puisque l'économique (directement ou indirectement) a une importance très significative sur la vie collective.

Une économie socialiste

À chacun·e selon ses besoins

Tout le monde n'a pas les mêmes besoins, et cela est dû à de multiples raisons, tel que : le corps (anatomie différente, handicap, etc.), la situation familiale (sans ou avec un ou plusieurs enfants), les goûts et aspirations personnelles. Plutôt que d'attribuer une large part des richesses socialement produites en fonction de la noblesse ou de la propriété lucrative, les besoins de chacun·e seront l'aiguillon de la répartition.

Du travail qui a du sens

Débarrassé de la chefferie, de la fuite en avant croissantiste et du profit, c'est pouvoir travailler sans mauvaise entrave et condition pour avoir le temps de bien faire. La démocratie économique et la prise en compte de l'environnement, c'est nécessaire pour attribuer du sens à son œuvre sans aliénation. Décider de sa branche d'activité et en changer si volonté, c'est avoir la possibilité d'être au plus proche et acteur volontaire de ce qui nous semble le plus pertinent et passionnant dans la sphère de la production.

De la mobilité

Des moyens de production relativement simples et une production faite collectivement permettent de remplacer plutôt facilement une ou quelques personnes, voire de s'en passer, et aussi d'en ajouter. C'est un avantage certain pour celleux ayant cette latitude. Avec la propriété collective, cela décuple la possibilité de mobilité volontaire, autant géographiquement que professionnellement.

Des besoins définis ensemble

Le non-humain ("la Nature") produit de la valeur d'usage ou y contribue (de la pluie tombent pour les plantes et les animaux, les abeilles pollinisent, etc.). Mais c'est insuffisant, il faut donc travailler. Hors sociétés primitives, il y a nécessairement de la division du travail (de par la complexité et pour l'efficacité) et c'est donc socialement que les besoins sont satisfaisables et doivent être décidés.

Le travail partagé

Le travail collectivement nécessaire doit être partagé et d'une manière juste, entre les individus et les zones géographiques. Une fois la soumission autoritaire supprimée et qu'est donné la possibilité que le travail soit bien fait et pertinent, l'oisiveté a un terrain moins favorable. Si la voie joyeuse n'a pas suffi à mobiliser suffisamment au travail socialement convenu, la peur d'être mal perçu pourrait suffire, et le cas échéant resterait la possibilité de restreindre la satisfaction des besoins non-vitaux, la tristesse en dernier ressort donc. Et précisons qu'un individu peut participer à plusieurs branches d'activités dans un laps de temps court, diversifiant ainsi sa vie dans le travail.

De la péréquation

Aussi bien les zones géographiques que les individus peuvent être inégalement dotés en ressources, pour des raisons permanentes (écosystème, handicap, etc.) ou temporaires (aléa climatique, maladie, etc.), et la socialisation à large échelle permet d'homogénéiser les différences pour réaliser le bien commun.

Du communisme auto-gérée

Le pouvoir

L'horizontalité totale, qui serait l'absence d'institution, est un point asymptotique, inatteignable, mais vers lequel il faut s'approcher au plus. C'est pourquoi il faut minimiser et réguler la concentration de pouvoir d'une manière institutionnelle qui s'efforce d'être la plus démocratique possible, quand il y a lieu qu'il y en est.

L'auto-gestion

Pour minimiser l'inégalité de pouvoir, il faut que la masse exerce le plus possible le pouvoir par elle-même. Gérer ses affaires par soi-même autant que faire ce peut, voila qui pourrait être une définition simple de l'auto-gestion, en ayant bien conscience que cela est au niveau individuel et collectif. La concentration de pouvoir restante doit être jugulée par des mécanismes institutionnels. Ceux-ci doivent limiter, voire éliminer si possible, notamment l'accaparement par certaines personnes, la durée, le périmètre, l'opacité, et le maintien des personnes ayant abusé du pouvoir, de préférence vite.

AG et mandat impératif

Les décisions collectives sont prises en assemblée générale (AG), avec une personne une voix. Quand c'est nécessaire ou bien plus efficace, est désigné une ou plusieurs personnes individuelles ou morales. Cela est fait avec du mandat impératif (et avec rotation si possible) : domaine de la tâche retreint et de préférence minimal, idem pour la temporalité, transparence, et mécanisme de révocation. Pour monter à l'échelle, est nommé des délégué·e·s avec mandat impératif.

Propriété et mutualisation

Les moyens de production et les biens coûteux (logement, voiture, etc.) sont collectifs, avec éventuellement exceptions pour la mini-production et les biens auto-produits. C'est la communauté qui attribue et ensuite les personnes utilisatrices qui décident. Il y a mutualisation pour éviter le duplicata et le travail associé et amoindrir les dégâts écologiques.

Le fédéralisme d'Industrie

Chaque secteur d'activité (ou d'Industrie, sans que ça ait à être industriel) est fédéré, permettant ainsi de coordonner la production (en son sein et avec les autres secteurs liés), de mutualiser les moyens matériels de production et le savoir. Parmi les secteurs d'activité, il y a l'agriculture et l'environnement, la communication, l'éducation, la santé, le social, l'énergie, la construction, le transport, le loisir, la métallurgie, etc.

L'échelle géographique

Il ne s'agit pas de faire une entité pour une vaste zone qui déciderait de tout à l'échelon le plus local. Au contraire, il y a une pyramide d'échelons et chacun a une autonomie par rapport à celui supérieur. De plus, et surtout, c'est le fédéralisme géographique qui prédomine sur celui d'Industrie. En effet, il s'agit de satisfaire démocratiquement les besoins collectifs, donc de la population et non des lubies d'Industrie. En conséquence, c'est d'abord la commune, après l'agglomération, puis le département, ensuite la région, etc., mais avec parfois de la coordination pour la péréquation et des impératifs territoriaux (comme ne pas retenir en amont trop d'eau d'un cours d'eau).

Une économie écologiste

Des limites "naturelles"

Le monde est fini, donc ses ressources et sa capacité à supporter la pollution sans changer d'une manière trop défavorable à l'humain. Nous ne pouvons rien y faire, mais nous devons reconnaitre le réel tel qu'il est et vivre avec de la meilleure manière que l'on puisse. Pour autant, il ne faut pas naturaliser ce qui ne l'est pas et pas non plus idéaliser les sociétés passées, une voie rationnelle et de joie commune est à construire et à rendre concrète.

Acroissantisme de principe

Toujours plus ou moins, là n'est pas la question. Il faut chercher un équilibre entre "notre niveau matériel" et les limites écologiques, ainsi que la complexité civilisationnelle (entre avantage pour ceci et inconvénient pour appréhender, donc pouvoir comprendre et être pleinement capable d'opérer du changement).

Décroissance conjoncturelle

En ce début de 21ème siècle et déjà avant, le productivisme broie les humains, son environnement, et sa capacité sur le monde par une spécialisation technique démesurée. La décroissance est de toute façon une nécessité de survie, puisque les technologies "vertes" de pointe ne sont qu'une autre manière de polluer. Il nous faut moins de biens et plus de liens, et accepter les conséquences de nos modes de vie, plutôt qu'externaliser toujours plus la pollution et se réfugier dans des villes aseptisées et déconnectées du monde qui les permet.

Un industrialisme raisonné

L'industrie est pertinente pour minimiser le travail par unité produite, mais il faut se retreindre à ce qui est écologiquement et anthropologiquement souhaitable. Les cadences infernales et débilitantes, c'est non. Énergétiquement il nous faudra massivement passer à ce qui est renouvelable sur toute la ligne (énergie primaire, captation, transformation, transport, stockage, etc.) et nous adapter en bonne partie à l'intermittence (soleil et vent, saisons, climat, etc.). De même devra être fait pour les ressources matérielles dévolues à d'autres choses (métaux, minéraux, etc.).

La convivialité

Une fois produit, les biens, outils et machines de tous types doivent être de préférence simples à comprendre, réparer, améliorer, personnaliser, etc., de sorte que nous soyons maîtres d'eux et du monde dans lequel on vit avec, et non en hétéronomie. La focale doit donc être mises sur les personnes utilisatrices et la société, et non pas sur le délice des personnes conceptrices et/ou des "expert·e·s".

Un autre rapport au monde

Il ne nous faut plus penser le bonheur sur le court terme mais sur le long, l'être doit être priviligié à l'avoir et au paraitre, les animaux non-humains sont aussi des êtres sensibles et non des machines biologiques à instrumentaliser à souhait, etc. Il nous faut percevoir les imbrications humaines et écologiques entre les systèmes et donc ne plus nier ou sous-estimer les "externalités". Pour conclure, produisons pour le bien commun dans le respect et rappelons-nous que la planète nous survivrait très bien.

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