Je paye l'énergie, faites pas chier !

Il y a des écologistes qui franchement font chier. Illes voudraient que je consomme moins d'énergie. Quand cette espèce d'écologistes passe chez vous, en plus des remarques, certains de cette race vont jusqu'à débrancher les appareils non utilisés, qui consomment souvent un peu (diode, etc.), mais que de temps perdu ensuite à les rebrancher, voire potentiellement aussi à attendre qu'ils redémarrent, j'ai pas envie de perdre du temps ! Mais pourquoi m'embêter ? Moi je paye mon énergie, c'est pas un service gratuit. Payer c'est s'acquitter, donc on devrait pas m'enquiquiner. Pourtant, diantre, il y en a pour le faire.

On pourrait résumer cela en : Je paye mon énergie, ne me faites pas chier ! Peut-être le pensez vous, or il est probablement que ce ne soit pas vrai, ou plutôt que partiellement donc pas entièrement, à moins que vous ne viviez au 22ème siècle ou après (après Jésus-Christ, précisons, car le 21ème siècle est peut-être pour vous la néo-pré-Histoire ou quelque chose du genre et que votre référentiel temporel n'est pas le même que celui dominant au moment de l'écriture de ce texte). Mais pourquoi ? Examinons.

Quand vous payez, que payez vous ? Admettons que toute ressource non-humaine (car on n'a pas envie de prendre en compte l'ignoble esclavage humain qui considère grosso-modo l'humain comme un bien-machine) qui n'est pas issue du travail humain est gratuite. Dans ce cas, que faut il compter pour évaluer le coût de l'énergie ? Tout d'abord, il y l'extraction de l'énergie (car on ne peut pas en créer, puisqu'en physique rien se perd et se crée étant donné que tout se tranforme) ou la captation (pour le solaire, l'éolien, l'hydrolique, etc.). Ensuite il faut la stocker, à moins d'utiliser l'énergie immédiatement, ce qui nécessite des métaux et des infrastructures (requérant de l'énergie), et on peut noter que le stockage est obligatoire quand la source d'énergie est intermittente (soleil, vent, cours d'eau, etc.) et qu'il y a la volonté et la possibilité de s'affranchir de cette contrainte. Puis il faut la transporter, à part dans le cas de l'utilisation sur place. Dans certains cas, il y a une autre étape de stockage (par exemple dans une pile), voire plusieurs (comme station essence puis réservoir de voiture). Mais ce n'est pas toujours tout, car pour amorcer l'utilisation d'une énergie, il faut parfois un peu d'énergie. Il faut à toutes ces étapes du travail humain, directement (via du travail vivant) ou indirectement (via du travail mort issu du travail vivant comme c'est le cas pour les robots, pour lesquels il a bien fallu les concevoir eux ou en remontant dans le temps des ancêtres avant les robots qui s'auto-construisaient, ainsi que de l'énergie et des métaux plus de l'assemblage qui ont certes potentiellement été "faits" aussi par des robots).

Pour être honnête, ce n'est là que la partie "technicienne". Il y a potentiellement un système d'allocation de ressources (comme "le marché" au sens large et pas juste local) et du service (comme l'aide à l'installation ou réparation). Cela fait encore un peu grossir la facture. Mais il n'y a pas que cela !

Dans un monde humain consommant l'énergie d'une manière extravagante et planétaire (ou plus !), le plus facile a constaté c'est les externalités négatives, du moins certaines. Extraire de l'énergie et des métaux, cela peut ne pas ête anodin, comme s'en servir d'ailleurs. En effet, cela peut créer des pollutions. Il y en a des très éphémères, comme le bruit des transports (voiture, avion, moto, bus, train, métro, etc.) et des sources sonores pour les humains que l'on n'a pas envie d'écouter (par exemple la radio ou télévision de quelqu'un d'autre). Ce genre de nuisances peut être fort ennuyeuses sur le moment, mais généralement on s'en remet assz vite. Cependant il y a des pollutions qui durent bien plus longtemps. On peut par exemple penser à la production d'électricité via le nucléaire, qui peut créer des catastrophes (comme Tchernobyl en Ukraine/URSS en 1986 et Fukushima-Daiichi au Japon en 2011) et crée des déchets dans tous les cas, ce qui est subi pendant au moins des milliers d'années. Une autre nuisance de long terme bien connu est les gaz à effet de serre en sur-abondance qui boulversent le climat en contribuant à réchauffer la planète.

Quand vous consommer de l'électricité provenant du nucléaire (directement ou indirectement via des biens et/ou services), en payez vous vraiment le coût ? Payer vous le coût des catastrophes (quand il y en a) et de la gestion des déchets sur le long terme (c'est-à-dire bien au-delà de votre espérance de vie) ? Quand vous consommer de l'énergie qui a engendré de l'effet de serre (par exemple via le charbon, le pétrole, le gaz, ou les agro-carburants) bien au-delà des capacités d'absorption de la planète, payez vous le coût engendré par le changement climatique s'il est moins favorable à l'humain (dans une vision anthropocentré car on pourrait prendre en compte d'autres choses) ?

Dans un monde humain dans lequel la consommation est essentiellement locale, la pollution n'est pas externalisée ou reportée essentiellent à plus tard. De plus, il y a autre chose qui est "facile" de constater : les stocks et le potentiel sur-usage par rapport à la rapidité de la reconstition. En effet, certaines choses mettent très longtemps (par rapport à une vie humaine) à se constituer ou se concentrer (pétrole, gaz, charbon, combustible nucléaire, métaux "rares", etc.), De plus, au moins une de ces dernières peut être nécessaire pour la synthèse d'autres choses (comme le plastique qui est issu du pétrole). Il y a aussi des choses qui se reconsituent pendant la durée d'une vie humaine (comme les végétaux et l'humus), mais il est possible de les exploiter plus vite qu'ils ne se régénèrent, ce qui entraine une baisse du stock, voire un épuisement (ce qui peut être catastrophique).

Quand n'est pas pris en compte (ou insuffisamment) la pollution de long terme et la dégénérescence des stocks, le calcul du coût est fortement biaisé. Ce n'est pas parce qu'une cohorte de gens se revendiquent "économistes" prétendent le calcul fondé qu'il l'est. Sous les habits de la science, la pire des pseudo-sciences peut être répandue. En effet, cette pseudo-science (qui n'est qu'une partie des thèses économistes mais clairement majoritaire dans le début du 21ème siècle) est fort dangereuse, car ces dégâts sur le long terme de celle-ci sont bien considérables que par exemple la croyance en la Terre plate (des "platistes") ou la négation des camps de la mort du nazisme (puisqu'en nier l'existence ne provoque "que" des maux psychologiques, tout en étant nullement une invitation à en refaire, au contraire d'ailleurs les personnes dupées rejentent probablement ce genre d'horreurs et cela leur permet de se sentir présentable en défendant le nazisme en niant une partie de son histoire, mais il n'en est pas de même pour les escrocs qui dupent en le sachant).

Ainsi exclure (totalement ou en grande partie) le "coût naturel" du calcul est dans certains cas absurdes (notamment à grande échelle). En conséquence, cela peut fausser dramatiquement la "valeur" de l'énergie et donc son "coût". Par parenthèse, exclure l'humain de la Nature est ridicule, il en fait parti comme tout le reste sans différence qualitative en soi (à ce sujet on peut se tourner vers la philosophie de Baruch Spinoza), mais c'était là une facilité de séparer artificiellement (et faussement) la Nature et l'humain, puisque cela a une certaine utilité ici et évite de divaguer philosophiquement (bien que cela pourrait être fort intéressant mais ce n'est pas le présent sujet).

Notons toutefois qu'il n'y a aucune manière objective d'évaluer la valeur. En effet, il n'y a que des manières de le faire, qui sont toutes contestables. (Pour les curieux et curieuses, il y a un courant de pensée marxiste de "critique de la valeur", appelé Wertkritik en allemand, avec des auteurs comme Robert Kurz et Anselm Jappe, mais on pourrait préférer l'empire de la valeur d'André Orléan ou la condition anarchique de Frédéric Lordon.) Il s'en déduit que l'attaque de la majorité de la pensée économique du début du 21ème siècle en la qualifiant de "pseudo-science" peut être jugée nulle.

Cependant on peut constater que cette "science" peut être valide uniquement s'il n'y a pas la capacité (matérielle et intellectuelle) d'influencer significativement sur le système planétaire d'une manière négative (qui ne peut pas être objectivement décrite pour tous et toutes, puisque chacun désire différement et en conséquence ne qualifie pas nécessairement une même chose comme bonne ou mauvaise sans là prendre en compte le degrée, on peut là encore renvoyer à la philosophie de Baruch Spinoza et des notions liées : affection, affect, désir, joie, tristesse, puissance d'agir, etc.). Depuis le Capitalocène ou plus largement depuis l'Anthropocène (on n'entrera pas ici dans le débat sur quel mot utilisé et on pourrait utiliser encore d'autres mots), c'est-à-dire grosso-modo le 18ème siècle (qui correspond au début du système capitaliste en tant que système dominant en "occident"), il est certain que la capacité d'absorbtion de la planète Terre est inférieure à ce que peut faire l'espèce humaine (sans pour autant être obligé de le faire et sans nier qu'un système social peut pousser chacun à le faire), et c'était potentiellement même le cas avant le 18ème siècle (mais dans une bien moindre mesure). On peut donc juger que c'est archaïque de ne pas prendre en compte les "coûts naturels" et que la pensée défendant cela (explicitement ou implicitement) devrait être rangée dans les erreurs de la science, donc ne plus être considérée comme science.

Pour conclure, on a eu dans ce texte la prétention de démontrer (d'une manière conceptuelle) l'invalidité d'ignorer (totalement ou en grande partie) les externalités négatives de la consommation d'énergie, du moins si la source est fossile ou qu'il y a besoin de métaux mais également si la ressource est trop vite épuisée aussi renouvelable puisse t'elle être (comme le bois et la terre fertile). En guise d'ouverture, on peut constater qu'il y a les traders de la finance capitaliste qui prennent des risques considérables pour des gains tout de suite et des risques potentielles dont l'éventuelle matérialisation ne pourra arriver que plus tard, mais on pourrait étendre le constat à une humanité abusant de sa puissance matérielle et énergétique, faute d'un ou plusieurs mécanismes sociaux suffisament puissants pour produire de la rétro-action "négative" d'envergure adaptée, ce qui supposerait d'avoir une vision de long terme et les moyens de l'appliquer au lieu de se vautrer dans le court terme.

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