Qu'est-ce que pourrait être un syndicalisme permaculturel ?

Introduction

À priori (en tout cas au moment où j'écris ces lignes), on peut rapidement penser que syndicalisme et permaculture n'ont pas grand chose à voir, à condition évidemment de se figurer un minimum chacun d'eux. Je ne propose pourtant pas là de montrer des rapports possibles, mais carrément d'envisager ce que pourrait être un syndicalisme permaculturel ! Sans doute, nombre de déjà syndicalistes et de déjà permaculturistes, mais aussi de sympathisant·e·s du syndicalisme et/ou de la permaculture, trouveront au mieux curieux une telle fusion et n'en seront pas fans après avoir éventuellemnt lu ce petit essai.

Si quelque chose est attendu de cette hybridation, ce n'est pas de créer une ou des nouvelles organisations séparées (il y en a déjà trop), mais de contribuer à la diffusion de l'écologie dans le syndicalisme de lutte et du social-militantisme dans la permaculture. En effet, le syndicalisme est en manque d'écologie, à une époque où c'est pourtant devenu un sujet cardinal, et la pratique de la permaculture se borne souvent à des initiatives d'individus et de petits collectifs, alors qu'il faut prendre en compte le social et changer structurellement la société.

C'est pourquoi j'ai produit cette proposition de syndicalisme permaculturel. Du point de vue syndical, c'est l'usage de principes permaculturels et la visée d'une société permaculturelle. Du point de vue permaculturel, c'est une branche de la permaculture sociale, mais aussi et surtout un mode possible d'organisation et d'action.

Les grandes bases fondamentales

C'est quoi le syndicalisme ?

Le syndicalisme est une forme d'organisation qui regroupe sur la base d'intérêts communs et ce dans potentiellement tous les aspects de la vie. Le but est de défendre les dits intérêts et de les amener plus loin. Et quoi de mieux pour ça que d'être exclusivement entre personnes ayant les mêmes ? Ça ne peut donc être pour des finalités directement universelles, au contraire de ce qu'on pourrait appeler le "citoyennisme". Du coup, ça implique la reconnaissance et la participation à une lutte politique pour triompher d'autres et ce potentiellement jusqu'à faire advenir un régime politique en faveur des intérêts communs de la base de recrutement. et, au moins dans un premier temps, en défaveur des autres. Moins abstraitement, le syndicalisme peut être prolétarien, patronal, policier, ou autre.

C'est quoi la permaculture ?

La permaculture désigne à la fois une méthode de conception et un mode de vie conscients qui miment les modèles et relations observées dans la Nature (ou en a du moins la prétention) afin d'obtenir une production abondante et durable, autant du point de vue écologique qu'humain (ce qui fonde son éthique : prendre soin de la terre dans un sens large, prendre soin de l'humain, frugalité et partage équitable), dans le but de satisfaire des besoins "convenables" pour tous les individus de l'espèce, et ce d'une manière pacifique et aussi harmonieuse que possible. La permaculture n'est donc pas juste une méthode et un mode de vie, c'est aussi un mode de production et un projet éco-social décroissantiste (ou acroissantiste dans l'absolu, mais décroissantiste vis-à-vis de son contexte d'émergence, à savoir les pays capitalistiquement à la pointe dans les années 1970), donc aussi une culture, en l'occurrence de la permanence dynamique basée sur la sobriété et l'intelligence (donc la science et pas une ou des spiritualités).

Le syndicalisme permaculturel

Le syndicalisme permaculturel est un syndicalisme prolétarien. Il vise donc la défense et l'amélioration des intérêts du prolétariat. Sa spécificité consiste à l'incorporation de la permaculture, pour sa pensée et son action, mais aussi sa visée. Cette dernière consiste en l'instauration d'une société permaculturelle, mais aussi socialiste et communiste, donc nécessairement démocratique, y compris sur le plan économique. Pour ce faire, il faut notamment s'organiser convenablement, par le syndicalisme d'Industrie et l'unionisme purement géographique au sein d'une même confédération, ainsi qu'entre autres forger de la camaraderie et se former.

Sur la "philosophie"

Le syndicalisme permaculturel n'admet dans ses rangs que des prolétaires (avec ou sans emploi, y compris les lycéen·ne·s, les étudiant·e·s, les retraité·e·s, etc.) et ce sans discrimination (de sexe, de genre, de couleur de peau, d'origine, de croyance religieuse ou de son absence, de rapport aux animaux non-humains, de mode de vie, etc.). De plus, c'est un mode d'organisation et des pratiques. C'est une tendance tolérante des autres de lutte et ayant vocation à vivre avec elles. Elle ne vise pas au regroupement affinitaire (entre connaissances) ou sur une base "philosophique" (comme la permaculture, l'anarchisme ou le marxisme). C'est centré sur le travail salarié, c'est-à-dire le travail réalisé contre la vente de sa force de travail (que ce soit via un contrat de travail ou le marché des biens et services), et ce qui en résulte. Pourquoi ? Car c'est fondamental dans nos existences, c'est là que s'exprime au quotidien la nocivité sociale et écologique du capitalisme, ou, exprimé autrement, c'est le moment social où s'exerce les rapports d'exploitation bourgeois et qu'est produit le fétichisme de la marchandise. Mais il y a aussi la vocation à se préoccuper plus globalement de tous les aspects de la vie (écologie, féminisme, lgbtisme, anti-racisme, anti-xénophobie, logement, santé, éducation, etc.) en lien ou pas avec le salariat (non comme groupe social, mais comme organisation sociale).

La triple besogne

Toute forme de syndicalisme a pour but de défendre les intérêts plus ou moins immédiats de ses membres. Mais le syndicalisme permaculturel ne s'y arrête pas. Il se donne également 2 autres missions. La première est de s'appuyer sur la permaculture dans la pratique et la réflexion syndicales, quand cela est pertinent, et de contribuer à diffuser la permaculture. La seconde est construire et mener à bien la révolution prolétarienne, à travers le long travail d'organisation, de culture de classe, etc., mené au sein du système oppressif à dépasser par auto-libération, donc sans la médiation d'un parti ou d'un autre type de supposée avant-garde restreinte et sans miser sur l'advenu de la société voulue par suite spontanée de l'auto-effondrement de l'actuelle de par ses contradictions ou par la juxtaposition d'expériences locales. L'ensemble forme la triple besogne perma-syndicale.

L'auto-gestion

L'auto-gestion est la gestion collective le plus possible par la base. Ça se fait par notre propre prise en main, sans attendre de sauveur·e suprême, par des commissions de travail et d'exécution, ainsi que l'assemblée générale (AG) pour les grandes décisions. Quand il est utile de déléguer, ça se fait au mandat impératif, encadrant le périmètre et la durée d'une manière forte, avec de la transparence, la possibilité de révoquer et de la rotation.

Les apports théoriques et la méthode

Les origines de la permaculture

Le concept de permaculture a été inventé et formalisé par David Holmgren et Bill Mollison au début des années 1970. À sa création, il était surtout centré sur les systèmes agricoles. Rapidement une place plus importante a été reconnue au reste et ainsi la permaculture a eu pour vocation d'être utilisable pour penser et pratiquer dans tous les aspects de la vie.

Le syndicalisme révolutionnaire

Au sein du syndicalisme prolétarien, des sous-courants existent. Parmi eux, il y a le syndicalisme révolutionnaire (SR). Il est aussi dit syndicalisme d'action directe, de par sa méthode de prédilection et sa visée de long-terme. Contrairement au syndicalisme permaculturel, il n'a pas en soi de projet écologique, mais il vise aussi à s'occuper de tous les aspects de la vie et à terme fonder une nouvelle société de bien-être durable. En tant que vieux courant, son émergence étant le début du 20ème siècle, il a pu amplement développer des réflexions et des expériences, sur lesquels il peut être salutaire de s'appuyer, puisqu'il ne diffère que peu du syndicalisme permaculturel. Il en est de même pour l'anarcho-syndicalisme (AS), qui est un mélange entre le syndicalisme révolutionnaire et de l'anarchisme.

Le marxisme

Le marxisme désigne le système des idées de Karl Marx (1818-1883) et Friedrich Engels (1829-1895), ainsi que leurs continuateurs et continuatrices. Ce qui nous y intéresse avant tout est d'avoir dégagé des éléments théoriques, tels que la lutte des classes comme moteur de l'Histoire, la construction social-historique de nombre de choses contre l'essentialisme, la rupture métabolique entre l'humain et le reste de la Nature, le fétichisme et l'aliénation, ainsi que plus généralement la non-viabilité de long-terme du capitalisme, de par ses contradictions et les crises qui vont avec. Cela aide à percevoir le monde tel qu'il est, c'est le matérialisme, et ainsi à avoir une vision claire de comment le transformer.

Le matérialisme

Selon la "philosophie bourgeoise", nous serions des êtres libres. La construction de notre perception du monde serait un phénomène autonome, où les quelques petits déterminants seraient bien faciles à surmonter. Ce serait notre libre pensée qui définirait l'action politique. Elle ne serait pas, au moins en grande partie, la production de notre condition matérielle. Contre l'idéalisme, qui peut entre autres nous faire croire que nous pourrions avoir intérêt à la collaboration de classe, nous défendons une vision matérialiste.

La permaculture sociale

Le syndicalisme permaculturel est une branche de la permaculture sociale et pas de la permaculture humaine. En effet, cette dernière se focalise trop sur les individus pris isolément. En conséquence, elle néglige, voire ignore, les structures sociales (contrairement à la sociologie structuraliste, que l'on retrouve entre autres chez Karl Marx, Pierre Bourdieu, ou encore Frédéric Lordon). De ce fait, ses "solutions" sont souvent trop individuelles et donc peu adaptées et même parfois carrément mauvaises (de par la surfocalistion sur des détails au détriment des structures d'ensemble).

La camaraderie

Le fait d'avoir des intérêts communs n'implique pas que nous les reconnaissions comme tels et agissions pour les défendre, ou exprimé autrement que nous passions de classe en soi à classe pour soi. Cela se forge par l'entraide, l'organisation entre nous, et la Raison. Elles se renforcent dans la lutte, mais aussi dans d'autres moments : bouffe commune, coups de main, partage, loisirs, etc. C'est essentiel pour s'organiser et combattre ensemble. La base de la camaraderie doit être la classe sociale ; les philosophies, les partis et les sectes, les affinités et la corporation, sont secondaires.

L'action directe

Si on attend que d'autres fassent systématiquement les choses pour nous, on risque d'être déçus et qu'ils fassent en bonne partie pour eux. Il nous faut nous-mêmes prendre nos affaires en main et agir en conséquence, il nous faut faire notre part. Nous ferons comme nous le souhaitons et à bien plus nombreux et nombreuses, donc nous pourrons ainsi être bien plus efficace et qu'on n'usurpe pas notre volonté. C'est aussi un moyen de peser dans les rapports de force sans avoir à s'appuyer sur un ou des intermédiaires, qui pourrait être incertains et inclinent à la passivité. Toutefois, on ne peut pas toujours tout faire par nous-même, ça peut se révéler être plus compliqué qu'en déléguant, et parfois c'est même impossible. Il faut donc également savoir s'en remettre à des mandaté·e·s contrôlé·e·s et révocables, ainsi qu'à des structures collectives (syndicales de préférences mais aussi autres, dont la justice bourgeoise en dernier recours).

La grève

Les pétitions et appels à la morale sans suite ont au mieux bien peu d'effet. Contre un ennemi, il faut taper là où ça fait mal. Le Capital vit par le profit, privons-le donc. Un des moyens est le boycott, de certaines entreprises, de certains produits, de certains modes de production, etc. Bien qu'utile, donc à employer, le potentiel de ce levier est proportionnel à notre capacité de consommation, notre pouvoir d'achat, or les plus durement exploité·e·s en sont les moins doté·e·s et plus on en est moins il est probable d'avoir une conscience de classe. De plus, ça peut être utilisé comme moyen de distinction pour celleux pouvant se permettre d'acheter "bio", "éthique", etc. N'oublions pas que le cœur de l'exploitation économique est dans le travail. C'est la source du profit. Pour un maxmimum de dégâts, donc hausser au plus le rapport de force en notre faveur, la grève, l'arrêt collectif du travail, n'a pas d'égal. Et, quand nous en aurons la force, arrachons les moyens de production et de distribution à la classe dominante et finissons-en avec elle et son État, pour organiser le travail et tout ce qui s'en suit comme nous le voulons et par nous-mêmes, c'est-à-dire une société perma-socialiste et perma-communiste.

Se mettre ensemble sur quelle base ?

Le métier

Avoir le même métier, c'est avoir une condition commune et des intérêts communs dans le travail. Cerise sur le gâteau, c'est invariant selon le patron. Cependant cela exclut les autres métiers d'un même établissement, c'est-à-dire d'un même lieu de travail, et plus globalement de l'entreprise, si toutefois elle en a plusieurs. Pourtant il serait efficace de s'unir contre un même patron et non d'être chacun dans son petit corporatisme. Autrement exprimé, mieux vaut être regroupé unitairement que séparé. De plus, ça n'est pas adéquat dans une perspective révolutionnaire, car, de par la division du travail, on aura nécessairement besoin du plus de monde possible de notre classe pour reprendre en main la société et la remodeler selon nos désirs. C'est d'autant plus le cas avec une visée permaculturelle, car nombre de choses seront à faire disparaitre, bien d'autres à réduire drastiquement, et enfin certaines à accroitre énormément, donc un changement de métier sera nécessaire pour beaucoup durant la décroissance.

L'établissement

L'établissement, le site de production, a l'avantage énorme qu'il est facile d'y connaitre tout le monde, donc de tisser des liens de camaraderie, dans les pauses, sur le chemin pour y aller, et au sein même du travail collectif, facilitant ainsi grandement l'organisation et la lutte communes. Mais le patron peut faire jouer les établissements existants entre eux, et en créer de nouveaux dans des endroits lui semblant plus prometteurs pour dégager du profit en paix. (là où les conditions sociales sont moins bonnes, là où les travailleurs et travailleuses sont moins organisé·e·s ou plus mou·e·s, là où l'État bourgeois lui propose des aides généreuses, etc.). Et parfois on a même pas d'établissement ou plus théoriquement que pratiquement, de par le métier ou l'organisation du travail (impératif de transport, télétravail, "auto-entreprenariat", etc.).

L'entreprise

Le syndicalisme d'entreprise peut sembler parfait, car au plus proche de l'organisation capitaliste de la production. Et quand il y a plusieurs établissements, c'est simple, il suffit de faire un syndicat pour chaque et qu'ils soient fédérés, donc in fine coordonnés. Sauf que de par la concurrence, les capitalistes se font aussi la guerre, transformant un conquis salarial fort chez l'un en problème de compétitivité pouvant mener à sa ruine. De plus, ça divise les forces sur un même bassin de travail. Pour ne rien arranger, dans une perspective révolutionnaire et permaculturelle, c'est impropre à une réorganisation éco-rationnelle de la production. Elle devra énormément décroitre et se décentraliser, mais d'une façon mutualiste, donc sans les multiplications absurdes de la propriété privée et de la concurrence.

Le syndicalisme d'Industrie

Le syndicalisme de branche d'activité (pas nécessairement industrielle), dit "d'Industrie", regroupe les travailleurs et travailleuses d'une même branche et ce peu importe le donneur d'ordre ou la donneuse d'ordre, dont son type (privé, publique, ou associatif), et le statut (CDI, intérim, "auto-entreprenariat", etc.). Cela permet de mutualiser le travail et d'unifier les revendications et actions, ayant permis dans le passé la mise en place des conventions collectives (permettant de limiter la concurrence entre nous dans la zone d'application). Et, dans un horizon communiste, nous codéciderons tous et toutes, ce qui nécessite d'avoir une vision et une maitrise globale de "l'Industrie". En effet, nous visons une gestion rationnelle, donc nous éliminerons la concurrence parasitaire et toutes les duplications inutiles qu'elle engendre, avec le coût écologique associé, en remplaçant ce bordel par des pôles unifiés (avec des échelons géographiques, pour partie autonomes et élaborant les décisions supérieures) maximisant la mutualisation et plus généralement la coopération. Et, le syndicalisme permaculturel ayant par essence une visée très décroissante matériellement, il se doit d'analyser en premier lieu les besoins et non les moyens (par exemple pour le transport : la marche, la traction animale, le vélo, le rail, la bagnole, l'aviation, etc.), afin de les satisfaire d'une manière beaucoup plus économe et à terme d'une manière durable écoliquement et socialement.

L'inter-professionnalisme

Au sein d'une même branche, il y a une concurrence exacerbée et des enjeux spécifiques. Mais le combat est aussi plus global. Il faut donc également faire de l'inter-professionnalisme. Pensons par exemple au code du travail, aux sans-papiers qui devraient être régularisé·e·s, aux discriminations hétéro-patriarcales et racistes, à l'écologie… Par ailleurs, l'inter-professionnalisme est un formidable moyen étendu d'entraide (piquets communs, péréquation des caisses de grève, achats collectifs, éducation entre camarades, bibliothèque militante partagée, prêt d'outillage, etc.). C'est aussi un levier indispensable contre le risque de dérive corporatiste de branche et le changement économique profond pour la décroissance.

L'autonomie prolétarienne

La classe bourgeoise (ou classe sociale capitaliste), y compris la petite bourgeoisie, à savoir les petits employeurs, n'est pas notre alliée, bien au contraire. Il faut la combattre et à terme la supplanter, ce que l'on ne fera pas en s'alliant à elle ou par "le dialogue social". Nous devons donc nous organiser exclusivement entre nous, pour nous battre, et à terme pour fonder une nouvelle société, socialiste et communiste, mais aussi permaculturelle.

S'organiser syndicalement, mais comment ?

Le syndicat

Le syndicat est la seule entité syndicale ayant des membres individuels cotisants. C'est l'unité organisationnelle de base. Il peut néanmoins avoir des sous-unités, juridiquement déclarées ou pas, tels que des commissions de travail et/ou d'exécution mandatées sur un ou plusieurs sujets précis, ainsi qu'évidemment les sections syndicales (car ne pas faire du syndicalisme d'établissement ou d'entreprise n'implique aucunement de délaisser ce terrain, mais uniquement que ce ne soit pas la forme primaire de structuration). Le syndicat a un champ géographique local et, dans la mesure de ses moyens, a un lieu pour ses réunions, son matériel, etc. Pour s'organiser plus largement, il y a du (con)fédéralisme de branche ou d'"Industrie" et géographique / territorial. De plus, il peut y avoir des instances, rattachées à une structure (con)fédérale, sur des opérations spécifiques, typiquement la propagande (avec à un minima un journal et une maison d'édition au niveau national), ou des thématiques particulières, comme l'international, les sans-papiers, la xénophobie, le racisme, l'hétéro-patriarcat, l'écologie, l'anti-fascisme, l'anti-colonialisme et l'anti-impérialisme, etc.

L'Industrie

Pour être efficace dans la lutte (à condition qu'il y ait la force pour) et à terme mener à bien la révolution, les syndicats ont idéalement un champ professionnel d'Industrie, ou le cas échéant sont inter-professionnel ou multi-professionnel (avec des syndicats facades si besoin juridique). Puisque chaque syndicat a également un champ géographique local et qu'il faut s'organiser aussi à plus grande échelle, il y a du fédéralisme d'Industrie, idéalement multi-scalaire (c'est-à-dire à différentes échelles géographiques imbriquées d'une façon pyramidale, faisant d'abord remonter les décisions, puis en faisant redescendre dans un second temps).

La géographie

De même que les syndicats sont fédérés par branche d'activité (aussi dit champ professionnel d'"Industrie"), ils doivent aussi l'être purement géographiquement et d'une façon multi-scalaire (localité, département, région, national, et au-delà). On parle d'UL (Union Locale), d'UD (Union Départemantale), d'UR (Union Régionale), etc. Cela permet l'entraide et le mutualisme sur une base inter-professionnelle. De plus, c'est ces structures qui organiseront futurement l'espace, recueilleront les besoins socialement définis et les feront faire satisfaire par la structure d'Industrie du champ géographique adéquat (qui n'a qu'une relative autonomie technique).

L'assemblée générale

Pour décider de la ligne, de ce qui doit être fait et comment (hormis détails techniques), ça revient exclusivement à la base (et donc aucunement à un bureau politique). Pour ce faire, les personnes sont invitées régulièrement (par exemple une fois par mois ou par trimestre si faible implication) à une assemblée générale (AG), dans laquelle chacun pourra s'exprimer, dont évidemment voter, mais ce qui importe avant tout est la définition collective des enjeux. Pour les décisions plus profondes, plus structurantes et de long-terme, il y a des congrès, qui sont des AG plus longues et faites pour les ordinaires avec un intervalle d'entre 1 et 3 ans entre chaque. Quand il faut, par la suite, une ou plusieurs personnes en charge de l'application, on fait ça par le mandat impératif. Et quand l'échelle est trop grande, on décide au plus bas, puis ça remonte vers le haut puis redescend, avec des délégué·e·s mandaté·e·s et révocables, ainsi que des écrits les plus clairs possibles (pour la transparence des positions et actions prises au nom de la déléguation, mais également pour transmettre les informations sans intermédiaire quand cela est jugé pertinent au vue de l'effort nécessaire).

Le mandat impératif

Pour éviter d'élire des représent·e·s, qui risquent de surtout s'exprimer pour elleux, et d'avoir des permant·e·s avec quasiment carte blanche, on définit des mandats clairs et précis, avec impératif de transparence. On peut mandater des personnes individuelles ou morales, une commission ou un syndicat par exemple. Le mandatement est limité dans le temps, avec idéalement le moins de cumul possible et de la rotation, et la révocabilité est toujours possible, sachant que des mesures moins fortes peuvent aussi être appliquées si la faute n'est pas trop grave ou pas trop répétée.

Notre société

Tous les mécanismes contre l'accaparement du pouvoir (assemblée générale, mandat impératif, déléguation strice et contrôlée) et toutes les structures formelles (syndicats, fédéralisme de branche et géographique) sont pour l'efficacité dans la lutte, la camaraderie, et faire vivre une démocratie aussi directe que possible, mais aussi pour se substituer à l'organisation actuelle de la société, pour organiser collectivement l'économie à notre façon et plus globalement être maitres de nos vies. Ce sera du perma-socialisme et du perma-communisme. Et cela n'est pas une vue utopique de l'esprit, comme le démontrent par des traits communs les zapatistes au Chipas (Mexique) et les kurdes au Rojava malgré la guerre, ainsi que la Commune de Paris en 1871 et bien sûr la révolution espagnole dans le début du second tiers du 20ème siècle, mais aussi de petites expériences.

Quelques idées de lectures en rapport avec le sujet

Lectures en rapport avec le syndicalisme

Lectures en rapport avec la permaculture

Lectures sur le socialisme et le communisme