La casse matérielle, un geste pour la préservation de l'éco-sphère ?

Au moins sur le court-terme, la casse d'outils et de marchandises est une bienfaisance écologique. C'est ce qu'explique un article de lundimatin (lundi.am). Celui-ci se nomme "Sur la bienfaisance écologique de la casse et du blocage" (avec le chapô suivant : Bloquer est anti-économique. Or l'économie actuelle tue l'environnement. Donc bloquer sauve l'environnement. ) et il a été publié le 14 décembre 2018.

Il est vrai que c'est illégal, tandis que polluer à foison et virer des employés (donc les priver du salaire) quand on fait encore des bénéfices est légal (pour le moment). Mais la loi n'est que le résultat de rapports de force historiques, en conséquence les lois ne sont pas bonnes pour elles-mêmes à moins de fétichiser l'organisation sociale du moment. Néanmoins, il n'est pas certain que ce soit le meilleur moyen d'arriver à ces fins, qu'elles soient sociales et/ou écologiques. De plus, casser des biens matériels ou prôner de le faire n'est pas sans risque (à cause de l'appareil législatif qui contribue à légitimer les actions contre la casse matériel de l'éxécutif). Donc on peut juger qu'il vaut mieux s'abstenir, sans pour autant n'avoir de cesse de condamner, qui est d'ailleurs le meilleur moyen de ne pas réfléchir aux causes et de comment y remédier durablement (donc pas par la répression directement violente ou la dictature mais par l'éradication des causes souvent bien plus violentes).

Aux chantres du capitalisme et des marchandises, il faudra leur rappeler un petit principe qui vient d'eux. Car en effet, eux ou au moins une partie d'entre eux se sont ouvertement positionnés pour les bien-faits de la casse, certes dans certaines conditions biens à eux. Le concept de "destruction créatrice" existe, et il ne vient pas de Karl Marx (1818-1883) ou d'une personne se revendiquant de l'anarchisme, puisque cette expression est associée à Joseph Schumpeter (1883-1950). Et on peut pousser un peu plus loin la "réflexion" avec ce qui suit : Si les idéologues libéraux n'ont retenu que le second des deux mots pour nourrir leur apologétique, il est temps de leur rappeler le vrai sens, non tronqué, de l'expression complète, à savoir que le capital détruit autant qu'il crée — et même qu'il crée sans cesse sur ses propres ruines. Mais les capitalistes voudraient pouvoir se livrer tout entiers à leur passion « créatrice » sans qu'on vienne les ramener à ses conséquences destructrices, et vivre en paix leur désir de « faire » (c'est-à-dire d'exploiter). (extrait de la partie "De la « destruction créatrice » les idéologues ne retiennent que le second terme" de l'article "La gauche ne peut pas mourir" qui a été écrit par Frédéric Lordon et publié dans le numéro de septembre 2014 du Monde diplomatique dans les pages 1, 18 et 19).

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