Attendre la décision mondiale pour agir conséquemment sur l'écologie ?

Par certains aspects, l'enjeu écologique n'a de sens à être traité qu'à l'échelle planétaire. On pense évidemment notamment au changement climatique. Du coup, ne faut-il pas une décision mondiale, contraignante ou volontairement suivie, pour enfin commencer à enrayer les problèmes écologiques que l'humanité a engendré contre elle-même (et une bonne partie du reste du vivant) ? Et ce à plus forte raison si actionner tout ou partie des moyens potentiels engendrerait un inconvénient pour ceux les utilisant par rapport aux autres ne le faisant pas, non ?

Ça sonne effectivement logique. Partons donc de ça et tirons-en des conclusions, puis voyons ce que nous en pensons. Admettons qu'il y a divers moyens supposés permettre dès maintenant (donc sans attendre une technologie salvatrice et/ou sa large diffusion) de s'attaquer concrètement aux problèmes écologiques (changement climatique défavorable, chute alarmante de la biodiversité, épuisement des sols, usage et pollution trop massive de l'eau, etc.). Mais pas de bol, tout ou partie de ces moyens ne peuvent être mis en place sans inconvénient(s). Alors certes, pas de solution magique, mais le ou les inconvénients ne sont-ils pas faibles comparativement aux problèmes écologiques pris sur le long terme ? Peut-être, mais il faut les actionner tout de suite, dans le court terme donc, et du coup qu'il y a une acceptabilité de court terme, pour éviter des dégâts futurs, que l'on ne peut concevoir qu'imaginairement et donc plus difficilement que s'ils étaient déjà là.

Mais qu'est-ce qui pourrait bien aller contre ce salutaire désir écologique de long terme ? Qu'est-ce qui dans le court terme pourrait amener à s'y opposer ? Il y a une réponse simple, et plutôt convenue, c'est l'économie. En fait, non, avec un peu de nuance, on accède rapidement à l'idée que ce n'est pas l'économie en général, mais le fait que les gens ont besoin de quoi vivre et que ça c'est apporté via l'économie, donc qu'il faut qu'elle se porte bien, à moins que nous soyons massivement prêts à être héroïques, mais c'est pour le moins peu probable et il serait dangereux de se baser sur un tel optimisme au vue des enjeux.

Très bien, et comment les gens obtiennent de quoi vivre ? de quoi avoir à boire, à manger, se loger, se vétir, etc. ? La réponse la plus lapidaire est : l'emploi, le poste de travail salarié, qui donne droit au salaire. On pourrait rajouter les aides (para-)étatiques, mais elles ont pour vocation à n'être que marginales. Il y a aussi l'aide des parents envers leurs enfants, mais les parents ont bien dû acquérir de quoi aider et l'aide se veut temporaire. On pourrait aussi mentionner l'accaparement du fruit du travail des autres, ou plutôt d'une partie de celui-ci, au nom de la propriété lucrative (des moyens de production, de logement, etc.) et grâce au système juridico-répressif qui la soutient, mais par construction il ne peut y avoir que bien plus de dominé·e·s que de dominant·e·s, donc c'est un moyen voué à rester marginal en proportion d'individus. Bref, on en arrive vite à la conclusion que le moyen le plus répandu, c'est l'emploi. Il va donc falloir se pencher là-dessus.

Si l'emploi occupe une place importante dans la société pour la persévérance dans l'être de ses membres, ou plutôt d'une grande partie de ses membres, directement souvent et parfois indirectement, qu'est-ce qui fait qu'il y en a ? On peut aisément constater qui le fournit : l'employeur. Il peut être public ou privé. Concentrons-nous exclusivement sur le second, car le premier dépendrait du second (par les impôts et les cotisations). Qu'est-ce qui fait qu'un agent privé peut être employeur ? C'est l'entreprise, dans un sens double. C'est à la fois la micro-société productive et son patron qui a entrepris et le fait peut-être encore.

Attardons-nous sur cette seconde facette. Pourquoi le patron embauche ? Est-il un saint qui travaille pour sa propre pomme et aussi pour permettre généreusement aux autres de le faire ? On laissera cette hypothèse aux religieux. Si le patron embauche, c'est parce qu'il n'est pas capable par lui-même de faire tout ce qu'il voudrait qui soit fait, donc il a besoin d'enrôler des puissances d'agir tierces pour faire tout ou partie de la besogne, c'est-à-dire satisfaire son désir. Mais pourquoi d'autres se laisseraient enrôlés ? Il peut y avoir la joie, intrinsèque de par ce qui est exigé de faire ou extrinsèque par ce que ça apporte au-dehors (pouvoir d'achat, avantage en nature, prestige, etc.), mais il y a aussi toujours, hormis rarissimes cas, la peur, celle de manquer de quoi vivre décemment (ou plutôt de ce que l'on considère être vivre décemment ou au moins pas trop mal), même si on peut se complaire de ne pas se figurer ce mobile triste, à fortiori si ce qui nous fait présentement tenir dans l'emploi nous semble (à raison ou à tord) être la joie ou que l'on n'est pas dans ce rapport social ou du "bon côté" (celui d'employeur). Et comment est comblée cette volonté d'éviter le dépérissement ? C'est par le salaire, qu'il faut que l'employeur soit en capacité de fournir.

Et notre cher patron-employeur comme le peut-il ? On l'a dit, on ne retiendra pas ici de sur-travail généreux de sa part. Il a de quoi accorder du salaire à autrui, parce qu'il a des commandes, c'est-à-dire de la demande solvable pour ce qu'il est en capacité de fournir (ou plus précisément ce que des agents extérieurs pensent qu'il est en capacité de fournir), et contre de l'argent, ou après qu'on lui en ai donné (on pense là notamment aux cas des associations non-lucratives). S'il est le seul à pouvoir fournir ce qu'il s'est mis en capacité de fournir, alors c'est simple, en absence de régulation, il peut virtuellement en demander ce qu'il veut, dans toutefois évidemment la limite de la puissance du désir extérieur et des moyens financiers de celui ou ceux qui l'ont. Mais s'il n'est pas seul, il doit alors faire face à des concurrents. Ceux-ci peuvent se différencier sur à minima les produits (en jouant sur des aspects non-primaires vis-à-vis du désir solvable à assouvir), la manière de les produire et/ou d'en rémunérer les producteurs et productrices ("bio", "commerce équitable", "éthique", avec label syndical, etc.), et bien entendu le prix.

C'est ce critère de sélection, certes pas unique, mais toutefois clairement significatif, qui va maintenant nous intéresser. À produit jugé (sous tous les aspects pris en compte) équivalent ou presque par les consommateurs et consommatrices solvables, il faut être moins cher pour l'emporter. Les entités productrices de produits socialement perçus comme (quasi-)identiques doivent donc chercher à les proposer pour moins cher, au risque sinon de ne plus arriver à les vendre, et donc à terme de devoir mettre la clé sous la porte, c'est-à-dire arrêter l'activité productive, et par ricochet supprimer tous les emplois dont elle était en première analyse la pourvoyeuse. C'est un mécanisme bien connu et attendu de la concurrence dans une économie de marché. Et cet avantage comparatif dans la concurrence est nommé compétitivité.

Cette formalisation doit sembler bien banale et ennuyeuse aux gens vivant dans ce monde-là, que l'on peut nommer capitalisme (et définir comme suit : le capitalisme est la conjonction de trois rapports sociaux fondamentaux : le rapport monétaire-marchand, le rapport de propriété, le rapport salarial - lui-même défini comme un rapport de double séparation : séparation des travailleurs d'avec les moyens de production et d'avec les produits de la production , Frédéric Lordon, La crise de trop, Fayard, 2009). De plus, cet énorme détour et tout ce blabla, qu'est-ce à avoir avec la choucroute, c'est-à-dire l'écologie ? En réalité, ça aura normalement été compris, bien qu'on puisse avoir trouvé cela superflu et barbant, mais on préfère l'énoncer explicitement.

Pour que des emplois salariés puissent être fournis, il faut être compétitif, du moins dans une économie de marché dans laquelle l'emploi salarié est un moyen majeur et central d'accès à ce qui est jugé névralgique par une part massive de la population. Du coup, instaurer et faire appliquer des réglementations qui seraient néfastes à la compétitivité, c'est se tirer une balle sur le plan social et ce bien avant les conséquences des changements écologiques défavorables, même s'ils auront eux aussi des impacts sociaux. Toutefois notons qu'il ne faut pas qu'être compétitif, il faut aussi qu'il y ait suffisamment de demande solvable, donc que la conjoncture y soit favorable (et en conséquence qu'in fine les entreprises ne créent pas l'emploi, comme l'a titré Frédéric Lordon, dans un article du 26 février 2014 sur son blog La pompe à phynance hébergé par Le Monde diplomatique, qui est la version longue de celui publié le mois d'après par le journal).

Tout ça pour quoi ? Pour (enfin) se rendre compte qu'il faut la grande décision mondiale pour que l'écologie soit socialement viable ? Tout d'abord, pour bien mettre en lumière la chose, car il est vrai que c'est un sujet et pas un petit. Il est impératif de le prendre en compte. Nous voila alors reconduit à la grande décision mondiale. Mais qui y croit franchement et pas trop tard ? Le système économique, le mode économique, ne s'y oppose t'il pas quasi-frontalement de par l'intérêt compétitif à s'en foutre ? Donc quoi ? on ne fait rien ? C'est un possible. Mais il y en a un autre.

L'autre possible, c'est donc de faire. On dit ça et on est maintenant bien avancé, en fait pas vraiment évidemment. Attendre l'échelle mondiale, en fait plus précisément planétaire, est un tout petit peu utopique, et pourtant c'est l'échelle la plus adéquate du point de vue interne des enjeux. Mais ceux-ci sont liés au social humain. Lui n'est pas gouverné par la même logique. Et il va bien falloir faire avec.

Commençons par faire un pas de côté, avant de revenir au gros morceaux si l'on peut dire. Certes il y a des enjeux à l'échelle de la planète, dont notoirement le changement climatique, mais pas que. Néanmoins, il n'y a écologiquement pas que ceux-ci pour autant. La destruction du vivant des sols, la pollution des nappes phréatiques et le sur-usage de celles-ci sont par exemple des enjeux locaux et tout à fait cruciaux. Mais on concède qu'au moins bien souvent ils sont emportés par la logique socio-économique global. Et on en revient à ça, au monde, ou du moins à la planète sous un regard anthropo-centré.

Mais il ne faut pas compter sur un élan anthropo-planétaire synchronique. Heureusement il n'y en a pas besoin et ce pour au moins 2 raisons. La première est directement écologique et on vient d'en donner l'indice. En effet, il y a des enjeux écologiques locaux, qui ont un intérêt en soi, donc qui ne nécessitent pas d'attendre la grande union planétaire écologique pour être traités efficacement. Et remarquons qu'un certain nombre de solutions pour des enjeux locaux sont bénéfiques également à l'échelle planétaires. La seconde est que le mode économique, sur lequel on a fait brièvement quelques élucubrations, qui est le produit de l'histoire et n'est nullement naturel (dans un sens non-spinozien, mais plutôt marxiste), a de quoi sérieusement disconvenir pour des raisons purement anthropologiques et sociales. Du coup, des échelles plus petites que la planète sont tout à fait envisageables à ce propos et ça peut (ou pas) bien se conjuguer avec l'écologie environnementale (à contrario de l'écologie politique telle que présentée dans les 100 premières bonnes pages du livre Comprendre l'écologie politique, publié par l'Union des FAmilles Laïques en 2012, et dont 2 personnes historiquement phares sont assurément Ivan Illich et André Gorz).

De plus, il n'y a pas que d'autres mobiles à agir. En effet, il y a aussi le potentiel de l'émulation et aussi d'une certaine forme de concurrence. Si une entité sociale et territoriale suffisamment grande s'engageait avec succès sur une voie alternative au détriment de celle hégémonique de l'époque, cela montrerait par l'exemple que c'est possible. Cela serait potentiellement un puissant moyen de fouetter, dans d'autres entités similaires, les mouvements en faveur d'un changement similaire, en montrant une manière possible d'y parvenir (même si ça ne pourra fort vraisemblablement pas être reproduit de même et demandera donc à minima des adaptations) et en anéantissant le discours faux sur l'impossibilité radicale (qui est toutefois déjà démenti de longue date, par au moins les Amish, mais avec une forme de vie très différente depuis longtemps, donc très difficilement transposables dans la transition nécessaire de la majorité des macro-entités territario-sociales du début du 21ème siècle). Il y aurait aussi la concurrence : eux le font et pas nous, ou moins, donc on est moins bien qu'eux (au moins sur ce plan là).

Reste qu'après avoir longuement parlé de l'emploi salarié et de la concurrence, de l'économie capitaliste de marché, on n'en a plus fait mention, alors même qu'on avait concédé que c'était loin d'être anecdotique. À partir de ce mode économique, et en fait plus précisément d'un de ses sous-modes, sa forme de libre-échange des marchandises et des capitaux, bien différent de la mondialisation, qui elle inclut les humains et le savoir (et pas nécessairement sous un rapport asymétrique Centre-Périphérie), il faut passer à autre chose, ou tout miser sur une technologie salvatrice qui serait facile à diffuser rapidement et en étant économique viable sans changer de forme ou de mode économique, soit miser sur 2 miracles combinés.

Enfin on va parler du comment ! Pour tout de suite avertir, qu'en fait on en a déjà parlé. Ah, bon ? Oui, mais non, car ce n'était jusque là qu'implicite. Pour rappel, on a longuement insisté sur la manière économique. Et il se pourrait bien que le libre-échange des marchandises et des capitaux, avec sa concurrence et la compétitivité qu'elle façonne, ce soit un problème, un sérieux problème. Nous voila rendu : peut-être devrions-nous en changer. Oui, ce sera du protectionnisme, mais en fait on en est sous un certain point de vue jamais sorti en toute généralité concrète (cf. La « menace protectionniste », ce concept vide de sens, par Frédéric Lordon, le 17 février 2009 sur son blog La pompe à phynance hébergé par Le Monde diplomatique, et en version étendue dans son livre déjà cité de 2009 chez Fayard).

En ayant une articulation économique différente avec le dehors, une forme protectionniste vis-à-vis de celui-ci, on pourra instaurer et faire appliquer des réglementations écologiques, sans nuire aux intérêts vitaux des gens, mais en revanche en s'attaquant (il est vrai) indirectement à la consommation, mais cela est de toute façon vraisemblablement nécessaire et ça peut être largement compensé par du social. Mais comment plus précisément faire du protectionnisme à vocation écologique ? Dans une économie à dominante monétaire, il y a notamment les moyens très généraux suivants : taxation des marchandises importés et des flux monétaires sortants, ainsi que jouer sur le taux de change via de la dévaluation. Plus finement, on peut taxer des marchandises importées ne respectant pas certains standards, ou plutôt ceux qui n'ont pas été certifiés qu'ils les satisfaisaient. Avec ou sans monnaie, ou très peu, on peut aussi instaurer des quotas pour certaines choses, voire en refuser, et ce vis-à-vis de tout l'extérieur et/ou d'une manière différenciée selon un découpage de l'extérieur.

Et qu'est-ce qu'on peut offrir socialement ? D'une manière très générique, on pourrait dire une forme de vie avec plus de joie et moins de tristesse. Plus concrètement, les abstractions ça va bien au bout d'un moment, on peut s'attaquer à la peur attaché à l'emploi, proportionnel au besoin du salaire qu'il permet, et à la domination sociale qu'elle conduit à accepter. On le peut par des politiques en faveur du plein emploi (interdiction de licenciement si le collectif de production fait du profit, mais il faut alors qu'il en soit de même pour le ou les éventuels concurrents ou que la concurrence soit suffisamment mitigé par des mesures protectionnistes appliquées ; taxation intégrale des profits au-dessus d'un certain seuil, et il faut là encore que la concurrence soit logée à la même enseigne ou suffisamment amoindrie là-dessus par le protectionnisme ; emplois pertinents fournis par le pôle public ; etc.), par un revenu de base suffisant, par le dépassement de l'emploi par un salaire à vie à la qualification personnelle (comme c'est prôné par notamment Bernard Friot et l'association Réseau Salariat), ou par une économie socialiste et communiste sans monnaie ou avec mais ayant un rôle très limité (mais, à part révolution mondiale et synchrone conduisant à une économie de ce type, ça ne pourra, au moins dans un premier temps, n'être qu'en interne et non globalement vis-à-vis de l'extérieur, car la division du travail est telle, tout comme la disparité des ressources communément utilisés, qu'une déconnexion totale ne serait pas viable) comme cela peut notamment être prôné par des personnes (individuelles ou morales) se revendiquant du communisme libertaire (comme l'Union Communiste Libertaire, fusion d'Alternative Libertaire et de la Coordination des Groupes Anarchistes, ainsi que Daniel Guérin) ou du syndicalisme révolutionnaire (parfois aussi appelé anarcho-syndicalisme, dont l'exemple historique est la CNT espagnole) ou encore de la critique de la valeur (Wertkritik) ou de critique de la valeur-dissociation (aussi dite Wert-abspaltungskritik).

Mais, à fortiori pour les propositions les plus radicales, ou exprimé autrement les plus extrêmes vis-à-vis de l'existant au moment de l'écriture de ce texte (l'année 2021), on est peut-être chatouillé de s'en faire une idée moins vague. Ça tombe bien, on a quelques idées de lectures à ce propos. Pour une vue très générale, on ne peut que recommander Projection : l'horizon des récommunes (dernière partie de La crise de trop, pour la énième un livre par Frédéric Lordon chez Fayard). Tant qu'on est avec ce type là, on peut aussi renvoyer à ses très générales et abstraites orientations, formulées le 7 avril 2020 sur son blog du Diplo, qui ont été suivis par ses bien plus conjoncturels 9 articles de perspectives sur le même blog. Pour ce qui est de la proposition d'une communisation monétaro-économique (des moyens de production, d'investissement, et de gratuité) accompagnée d'un salaire à vie à qualification personnelle (donc ne dépendant plus du poste de travail), un aperçu clair et simple est donné par Pour une démocratie économique (par Dominique Lachosme, chez Atelier de Création Libertaire, en 2016). On peut aussi se tourner vers Bernard Friot lui-même, avec pour par exemple commencer Émanciper le travail (éditions La Dispute, avec Patrick Zech, en 2014) et pour les personnes plus endurcies Puissances du salariat (même éditions, 2012, version augmentée). Pour ce qui est du projet de société syndicaliste révolutionnaire, les CSR (Comités Syndicalistes Révolutionnaires) ont fait un court texte à ce propos en juin 2019. Dans un genre similaire, mais non-nécessairement syndical, quoi que toutefois pensé en bonne partie de ce point de vue, j'ai pour ma part écrit en 2020 une proposition rapide d'une vision économique de l'actuel et d'un éventuel demain. Sur un anarcho-communisme social, on peut lire Un projet de société communiste libertaire (aux éditions d'Alternative Libertaire, devenu Union Communiste Libertaire, en 2011 pour la 6e édition) et Pour le communisme libertaire (par Daniel Guérin, chez Les Amis de Spartacus, en 2003). L'autogestion, une idée toujours neuve (aux éditions d'Alternative Libertaire, en 2010) peut s'avérer être un bon complément. Enfin, il nous faut signaler du déjà-là national avec l'expérience zapatiste (vite fait présenté par Guillaume Goutte, aux éditions Libertalia, en 2014) et les kurdes au Rojava inspirés par Murray Bookchin.

Après avoir assommé de références, s'il y en a encore pour lire, ce qui n'est pour le moins pas sûr du tout, avouons qu'un manque subsiste, et pas le moindre. C'est celui de comment opérer la transition, non pas techniquement (quoi qu'on ne l'ait fait que d'une manière au mieux lapidaire), mais socialement, à savoir quelle force pour la faire advenir et aussi comment faire advenir cette force. On se retrouve encore avec 2 questions et pas des moindres. Mais si vous avez lu et pas juste passé à la fin, vous avez une réponse pour le sujet de l'article. Et son sujet c'est le sien, il est unique, même s'il y en a plein de connexes. Pour cet article, on s'arrêtera donc là.

N'étant pas tout à fait avare non plus et étant intéressé par le sujet, on a néanmoins quelques lectures sur des pistes, que l'on ne discutera néanmoins pas, en tout cas dans le présent article. Sur la problématique de ce qui s'auto-nomme Union Européenne, qui a mis le libre-échange économique dans ses traités, Frédéric Lordon s'est exprimé sur son blog et dans La malfaçon : monnaie européenne et souveraineté démocratique aux éditions Les Liens qui Libèrent en 2014, puis chez Babel en 2015). Du même, on a déjà cité les perspectives de 2020 (reprises pour l'essentiel dans le livre Figures du communisme, aux éditions La Fabrique, en 2021), auxquels on doit adjoindre certains éléments non-méta-physiques de Vivre sans ? (aux éditions La Fabrique, en 2019), ainsi que son entrevue, avec Joseph Andras pour L'Humanité en 2019, Le capitalisme ne rendra pas les clés gentiment (en version augmentée sur son blog du Diplo), et Chili 73 (sur son blog hébergé par le Monde diplomatique, le 10 septembre 2020, et dans son livre de 2021 chez La Fabrique). Si l'on est prêt à envisager du léninisme anti-stalinien, mais il ne faudrait toutefois pas réduire l'auteur qui va suivre juste au moyen de sa perspective révolutionnaire, alors Andreas Malm est à lire (pour la fin de L'anthropocène contre l'histoire et la troisième partie de La chauve-souris et le capital, tous deux aux éditions La Fabrique, et respectivement en 2017 et 2020). Enfin il y a aussi la possibilité du syndicalisme révolutionnaire et de l'anarcho-syndicalisme, pour lesquels j'ai proposé des courtes présentations (très similaires), et qui pourront être fort utiles, bien que la réalisation de l'idéal révolutionnaire portée par ces traditions (sans vocation écologique primaire) soient fort vraisemblablement utopiques pour répondre à temps à l'urgence écologique chronique (car les appareils s'en revendiquant sont rachitiques, ou à minima notoirement pas assez puissants, du moins au moment de l'écriture de ces lignes, en 2021, alors que faire la révolution sociale par ce biais nécessite des masses s'organisant en longue période, mais c'est peut-être toutefois le meilleur vecteur possible de la conscientisation de classe du plus grand nombre et la formation de militants sociaux anti-autoritaires).