Une personne vétérinaire étrange, mais paradoxalement probablement bien commune

Durant un diner, il y avait une personne vétérinaire. Le métier de vétérinaire est supposément de prendre soin des animaux non-humains, ce qui n'est vrai que partiellement dans bien des cas. À un moment dans la discussion, elle a évoqué son métier. Il a notamment été question d'euthanasie, c'est-à-dire dans ce contexte tuer volontairement d'une manière qui se veut douce et potentiellement même si l'individu est en bonne santé sans se soucier nécessairement de sa volonté (qu'il est au mieux délicat d'obtenir authentiquement avec une autre espèce à part si elle est très proche ou qu'elle arrive habilement à communiquer d'une manière courante à l'autre mais qui ne l'est pas "primitivement" pour elle). La personne vétérinaire était dérangée. Il y a le cas simple dans lequel l'animal non-humain est en souffrance et pourra difficilement ou pas du tout s'en remettre, dans ce cas il n'y a pas de problème (et l'inclusion de l'espèce humaine n'aurait vraisemblablement pas posé problème).

Mais il y a d'autres cas. L'animal non-humain pourrait être soigné ou n'en a pas besoin. Pour y remédier, on peut tenter de convaincre le maitre ou la maitresse de soigner plutôt que tuer (quand il y a un problème de santé) ou de continuer de s'en occuper convenablement en attendant de le confier à une autre personne (physique ou morale). Parfois, cela fonctionne, mais pas toujours. L'acte peut être refusé. Cependant une autre personne vétérinaire le fera probablement, en cherchant on doit bien finir par en trouver une. Mais ce n'est pas toujours aussi simple.

Faites le, sinon je le butterais à la pelle ! Et ouais, triste sort promis à l'animal non-humain (par certaines personnes maitresses) et pas sur le ton de la plaisanterie. Que faire ? Le tuer d'une manière médicale ? Cela le ferait pas ou peu souffrir. Ne pas le tuer ? Ce serait prendre le risque d'une mort loin d'être indolore.

Une autre personne demande : Est-ce légal de tuer un animal non-humain en bonne santé ? La réponse de la personne vétérinaire : oui. Même à la pelle ? Décidement bien dérangé, pas de réponse ou un autre oui, je ne me souviens plus trop, mais un silence équivaut à un oui, peut-être pas strictement sur le plan de la légalité, mais si une infraction n'entraine aucun risque de punition…

Je balance d'une manière lapidaire : C'est une propriété. La personne vétérinaire dit Non, mais évite de continuer sur le sujet (et je n'ai pas insisté). Un animal non-humain peut donc être acheté, vendu, et même trucidé à la pelle sans encourir de risque légal, mais l'animal non-humain n'est pas une propriété ! En terme de foutage de gueule, c'est du très haut niveau.

Néanmoins on peut essayer de comprendre. La plupart des vétérinaires a probablement une certaine passion positive envers les animaux non-humains. Les personnes vétérinaires aiment probablement en majorité à se penser comme les sauveurs et sauveuses des animaux non-humains. Leur envoyer à la gueule plus ou moins directement que ce n'est pas le cas ou que c'est au moins contestable n'est pas pour leur plaire, cela se comprend. Un grand nombre a surement bati au moins une partie de sa vie sur leur bienveillance (auto-supposée et/ou socialement reconnu) envers les animaux non-humains et se présentent ainsi aux autres humains, tout en fondant au moins partiellement leur utilité sociale supposée. Écorner cela peut donc leur extrêment douloureux. Si c'est fondé, mieux vaut nier pour se sauver, c'est-à-dire sauver l'image que l'on a de soi et auprès des autres humains.

Mais voila, leur bienveillance envers les animaux non-humains est une fable dans bien des cas. C'est simple une bonne partie n'est pas végane (chercher autant que possible à exclure l'exploitation des animaux dans tous les domaines), ni végétalienne (aucun produit animal dans son alimentation), ni même végétarienne (ne manger aucun cadavre animal) ! Pourtant cela ne coute pas plus cher, en tout cas au moins pour l'alimentation : la vitamine B12 n'est pas cher (et c'est le seul nutriment que l'on ne trouve pas d'une manière sûre et assimilable par l'humain dans une alimentation végétale malgré qu'il soit produit par des micro-organismes), il n'y a pas besoin d'erstaz pour simuler les produits issus de l'exploitation des animaux non-humains, congélateur et réfrigérateur sont moins utiles, etc. Même si on s'égarait dans le welfarisme, on pourrait potentiellement constaté que ni les conditions d'exploitation ni les tests pour les cosmétiques ne sont pris en compte par un nombre significatif de personnes vétérinaires. Là il est question à minima des pays capitalistiquement développés du début du 21ème siècle, mais on jugerait différement s'il y avait impossibilité de faire autrement, ce qui pourrait redevenir le cas partout sur Terre avec la "fin" des énergies fossiles (à ce sujet on peut lire Pablo Servigne, notamment son livre "Nourrir l'Europe en temps de crise").

Ce cas est un bon exemple de dissonance cognitive. Quand on prétend quelque chose et qu'on est en incohérence sans l'assumer, l'objecteur de conscience est souvent mal vu, même s'il s'agit de s'en prendre en l'abscence de nécessité à des sentient·e·s (c'est-à-dire des êtres cherchant normallement à vivre et pouvant souffrir via un système nerveux fait pour alerter de dangers). Pour aller plus loin sur l'animalisme, on peut lire par exemple Gary Francione, via "Petit traité de véganisme" (traduction de "Eat Like You Care") pour commencer gentiment et partiellement, puis avec "Introduction aux droits des animaux" pour réfléchir plus largement et "profondément".