Vivre bien, oui, l'aviation, non !

Suite à la pandémie de Covid-19 (causée par le coronavirus SARS-CoV-2, ainsi que ses conditions propices de diffusion), et, dans de nombreux pays, le confinement qu'elle a conduit à mettre en place, parfois suivi de mesures de quarantaine en cas de changement de pays, le secteur de l'aviation a pris un sévère coup. À ce sujet, on peut lire "Aviation civile, la tempête du siècle" (Philippe Descamps, Le Monde diplomatique, numéro 796 de juillet 2020, page 1 et 18-19). Des gouvernements se sont empressés d'asperger d'argent le secteur pour le maintenir à flot, tandis que des syndicats et partis ont réclamé le maintien des emplois, mais tout cela aurait-il dû être fait ?

Nous proposons très rapidement notre réponse. Elle n'est pas un plan superbe qu'il n'y aurait plus qu'à mettre en oeuvre, mais son objectif est de mettre en lumière l'impératif d'en finir avec l'aviation et en même temps de ne pas en abandonner les travailleurs et travailleuses. Ce petit texte aurait été valable avant et le sera encore après. N'hésitez pas à le distribuer, sans modification ou avec, dans la rue et ailleurs, pour que les lignes bougent et qu'on vive bien, maintenant et après.

Faut-il ou pas en finir avec l'aviation civile ? Il y a 2 grands camps : le oui, par écologisme, et le non, pour l'emploi et les revenus qui vont avec. Mais, en réalité, les 2 ne sont pas contradictoires, et la jointure est nécessaire.

Hop, hop, hop, "l'aviation pourrait être durable demain !" Sauf que les dégâts environnementaux, notamment le changement climatique, ne nous permettent pas raisonnablement d'attendre. De toute façon, d'après Supaero-Décarbo et The Shift Project, qui regroupent plus des ingénieur·e·s pro-technologie que des zadistes dans des cabanes avec couteau entre les dents, il est de toute façon pour le moins douteux que ce jour puisse arriver : Le transport aérien fait partie des quelques secteurs pour lesquels il n'existe pas, ni à court ni à moyen terme, d'alternative technologique "décarbonée". Cette caractéristique fait de ce secteur une victime de l'inéluctable transition vers une économie bas carbone. De nombreux emplois, de nombreux territoires et de entreprises seront affectés tôt ou tard. Repousser l'échéance ne fera qu'aggraver le choc. (Crise(s), climat : préparer l'avenir de l'aviation, 27 mai 2020).

Faut-il pour autant regarder sans rien faire s'écrouler les collectifs de production du secteur ? et en transformer les travailleurs et travailleuses en croquettes pour écologistes ? C'est hors de question ! Les travailleurs et travailleuses, direct·e·s et indirect·e·s de ce secteur, mais comme tous et toutes en fait, ont besoin d'avoir de quoi vivre, et décemment. Si la seule issue de court-terme à porté de main est la continuité d'une activité nuisible sur le long-terme, il ne peut leur être reproché de s'en saisir, l'inverse serait odieux. En effet, c'est l'effondrement qui les guette, et maintenant, pas dans 10 ou 20 ans, mais la "collapsologie" est plutôt sourde là-dessus…

Il s'ensuit qu'il n'y a pas d'autre solution que de tenir les 2 ensemble. Plutôt que de balancer des milliards pour la survie temporaire des reliques du vieux monde, il faudrait maintenir les salaires, et ce peu importe le type de contrat (CDI, CDD, etc.) ou son absence (les "auto-entrepreneur·e·s"), et former aux métiers d'avenir. Et les moyens de production ? Laissons les capitalistes faire faillite, puis récupérons ce qui peut l'être pour 0, ou n'attendons pas et expropions-les, pour les utiliser dans nos entreprises, gérées égalitairement et démocratiquement par nous.

Mais évidemment la transition écologique et sociale doit s'étendre bien au-delà du seul secteur de l'aviation. N'est-il pas de temps de nous libérer nous-mêmes, en leur appliquant leur merveilleuse "destruction créatrice", mais contre eux et pour nous ?