Ne leur donnez pas d'oeil (2019)

Le 5 janvier 2019, Christophe Dettinger a tapé des gendarmes pendant une manifestation de "gilets jaunes" (à ne pas confondre avec les "jaunes" qui cassent une grève). Il l'aurait fait pour protéger des personnes. La violence policière existe en France à cette époque, cela n'a donc rien d'invraisemblable. En effet, Christophe Castaner n'est pas la Vérité, et de loin : des policiers ont attaqué des gilets jaunes, il y a eu des pertes d'oeil, etc. De plus que l'on aime ou pas, la police sous Emmanuel Macron a bien fait une forte répression, il faut parler des violences policières, d'ailleurs des experts de l'ONU ont dénoncé des restrictions graves aux droits des manifestant·e·s. On peut arguer que ce sont des sociopathes, comme l'a proposé Frédéric Lordon sur son blog.

Pour son acte, Christophe Dettinger a eu un procès. En soutien une cagnotte a été lancée. Comme le titre L'Obs avec AFP, "les donateurs [et donatrices] de la cagnotte Leetchi de l'ex-boxeur Dettinger [ont été] convoqués par la police". Car en effet la plateforme informatique a donné les coordonnées des personnes à la police. C'est pour le moins une manoeuvre bien "étrange". Il est difficile de ne pas y percevoir un moyen de faire pression sur les personnes donatrices et de décourager de refaire une telle action, soit le panoptique en acte. Cela devrait sonner comme un rappel de l'importance de la vie privée et donner potentiellement envie de lire "Surveiller et punir" de Michel Foucault.

Les données créées et stockées peuvent paraitre anodines à un moment, mais on ne peut pas savoir ce qu'il en sera fait par la suite, par exemple être juif en Allemagne. Pour se protéger, ainsi que ses proches et plus globalement la société, il faut éviter de créer des données personnelles. Quand on en crée, il faut en restreindre l'accès et ne pas les mettre n'importe où, typiquement les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) devraient être proscris. Par parenthèse, à ce sujet, les groupes militants qui utilisent ces saloperies contribuent à mettre en danger leurs personnes sympathisantes et c'est scandaleux. Cela vaut pour les transactions monétaires, qui peuvent encore être faites par espèce et dans certains cas refusées (commerce en ligne, don en ligne, abonnement via le système bancaire, etc.). Comme nombre de groupes militants, le personnel de santé est vastement habitué à bafouer la vie privée, en l'occurrence le secret médical, bien loin du je tairai ce qui n'a jamais besoin d'être divulgué, regardant la discrétion comme un devoir en pareil cas . Cela vaut aussi plus généralement, et dedans il ne faut pas oublier cette abomination qu'est le téléphone portable.

Il faut insister sur cet objet, car il est omniprésent dans l'époque, y compris chez des "libristes", des "pro-confidentialité", des "anarchistes" et des "anti-facistes". Pourtant c'est un puissant outil de surveillance de masse, qui est donc totalement en phase avec le facisme. Pour Richard Stallman, le téléphone portable, c'est le rêve de Staline devenu réalité . Il y a de quoi soutenir cette thèse, pour cela on peut entre autres citer : "Compter les manifestants en comptant les mobiles ? Mauvaise idée pour le gouvernement" (Julien Lausson, 13 juin 2013, site web numerama.com), "Votre vie passée au révélateur des métadonnées d'un smartphone" (Damien Leloup, 18 mai 2016, lemonde.fr), "Le mystérieux texto reçu par les manifestants de Kiev" (blog Big Browser, 23 janvier 2014, lemonde.fr), "Euro 2016 : comment les opérateurs suivent les supporters à la trace" (Amélie Charnay, 1er juillet 2016, bfmtv.com), "The second operating system hiding in every mobile phone" (Thom Holwerda, 12 novembre 2013, osnews.com) à propos de la puce baseband, "Nos machines sont-elles encore réellement nos amies ?" (Jérémie Zimmermann, 21 juin 2013, Pas Sage En Seine). Pour la vie privée et aussi pour d'autres raisons, Pièces et Main d'Oeuvre (de Grenoble) a qualifié le téléphone portable de gadget de destruction massive.

En conclusion, il serait bien de faire en sorte, d'abord et pas pour autant exclusivement, de se prémunir et de se protéger pour ce qui reste. On pense par exemple aux discours tels que : Il te surveille, crève lui les yeux. Pour certains, ce peut être l'État, en particulier pour les personnes se revendiquant de l'anarchisme, le capitalisme, par exemple pour les communistes, ou encore autre chose. Avant d'éventuellement prôner de crever les yeux d'un adversaire, il serait tout de même logique de ne pas lui en fournir soi-même ou le moins possible. C'est le minimum de la cohérence et c'est à priori moins dangereux. À vos actes ! Soyez résolument sur le chemin de la cohérence ou accepter d'être un·e clown (ou une bande de clowns pour les groupes).