Sur la coupe du monde de football de 2018

On a gagné !, On est les champions du monde !, il parait… Si on se fie à certaines personnes, ce on désigne les français et les françaises. Bien entendu, c'est totalement faux, c'est quelques personnes qui ont gagné et qui sont des personnes soi-disants représentantes des français et françaises. Si en cette occasion, certaines personnes françaises (en excluant celles qui ont réellement gagné) sont champions de quelque chose, c'est de l'extase devant un bout de tolle brayeur et lumineux. Pas très classe, il faut l'admettre. Me brûler pour pareille injure, peut-être que ça vous a traversé l'esprit si vous êtes une personne ardement sympathisante de l'équipe de France de football. D'ailleurs, rien qu'en exprimant cela, ça réinstaure en creux la vérité : un·e supporter ne peut avoir gagné ou être champion·ne, je sais c'est triste, d'autant plus que j'enfonce le couteau dans le plaie.

Qui sont les personnes qui ont vraiment gagné au fait ? Directement, des gens sur-payés qui ont frappé dans des ballons. Indirectement, il y a notamment l'entraineur ou l'entraineuse (je ne connais ni le sexe ni le genre et je n'ai pas envie de chercher) et surtout un tas de vendeurs de marchandises (pour des tickets, des maillots, des écharpes, des drapeaux, de l'alcool, des pizzas, etc.). Pour les premiers, c'est la gloire. Pour les seconds, c'est le pognon.

À coups sûrs, les médias dominants vont en parler abondamment, surtout ceux de télévision. Les réactions des personnes ayant vraiment gagné, des supporters, des "politiques" (surtout ceux de droite), etc. : entretenir l'euphorie du génial, voila ce qu'ils vont faire (principalement voire exclusivement). Tout cela a mobilisé des moyens collosaux : infrastrure de télécommunication, logistique pour les diverses marchandises, création de publicités pour inciter à la sur-consommation, revenus exhorbitants des joueurs, forces du maintien de l'ordre, etc. On ne compte pas ! Pas besoin, faudrait quand même pas faire les radins.

Ah oui ? Vraiment ? Mais alors il va falloir poser une question. Pourquoi certains clament qu'on n'a pas les moyens pour accueillir des gens qui risquent leurs vies pour venir en France ? Allez une autre question : qui propage ce genre d'informations (alors que la France a, au niveau mondial, une des 10 plus importantes économies d'après le mode d'évaluation capitaliste) ? Au rayon de cette fausse information, on retrouvera bien sûr les médias dominants et des politiques, qui, d'après leurs palabres, sont contre les fake news (l'anglais parait que ça fait moderne, pour pas cher en plus).

Il y a des fêtes de pur divertissement, comme la coupe du monde de football et le tour de France. Mais il y a bien plus qui est de l'ordre du luxe et pourrait donc être abandonné (au moins en grande partie) pour que plus de personnes vivent matériellement convenablement : avions, voitures, motos, congélateurs, réfrigérateurs, chauffage, climatisation, cosmétiques, mode qui change continuellement, bouts de cadavres (dont viandes et poissons sont des nommages aseptisants), plastiques, emballages jetables, téléphonie, télévision, jeux vidéos, interfaces graphiques pour ordinateurs, ordinateurs portables, etc. Exprimons le : pour ces gens là, mieux vaut une grosse fête avec des mollassons et mollassonnes de télévision (et des luxes probablement non soutenables sur le long terme) qu'une vie paisible pour le plus grand nombre (les paperasses et tampons ne devraient avoir aucune importance), mais ils ne veulent souvent pas l'admettre et tentent parfois de le dissimuler avec un hideux maquillage, ce qui en fait de biens basses personnes.

Il faut aussi évoquer d'autres grands vainqueurs : les nationalistes. Des personnes répugnantes comme Emmanuel Macron, Gérard Collomb, ou Marine Le Pen, qui se sont caractérisés par une anti-mondialisation des personnes. En effet, ce genre d'événement produit une exaltation du nationalisme, donc corrélativement de la xénophobie. De plus, ça a la "bonne" propriété de mettre (temporairement) sous le tapis tout un tas de différences dans le corps social national. C'est bien pratique pour faire accepter un peu plus de dose : le service de la classe, la destruction de nos conditions de vie sur le long terme, la répression des forces dignes et des faibles, etc.

Vous l'aurez compris tout cela ne m'a guère excité, c'est un euphémisme. Pourtant j'aime usuellement bien faire la fête (si vous voulez bien me croire) et il y a des événements collectifs qui peuvent me mettre en extase. Vous voulez un exemple ? Prenez l'intervention 30 mars 2016 (pendant la gronde contre le projet de loi El Khomri avec Emmanuel Macron comme ministre de l'économie) de Frédéric Lordon à la fac Tolbiac (à Paris), surtout la fin. Tous ensemble, tous ensemble, grêve générale, là ça comptait gagner par le grand nombre, en l'occurence contre une attaque bourgeoise. Des actifs dans la rue, ayant pour but d'affonter la tyrannie capitaliste et sa course infinie aux profits (dans un monde fini, donc qui finira en fait nécessairement), voire d'instaurer la démocratie partout (y compris dans la production et l'investissement). Là, il y avait un nombre énorme de potentielles personnes gagnantes (et en comparaison un nombre ridicullement petit de potentielles personnes perdantes), une potentielle réelle victoire pour le peuple et sans infliger de défaites à d'autres nations. Bien qu'exagéré, une sorte de rêve générale comme c'était inscrit sur une banderole.

Pour certaines personnes, je vais paraitre pour un vieux rabougri (pourtant j'ai moins de 30 au moment où j'écris ces lignes), voire un bouffon pour exprimer ce qui suit un jour de victoire de coupe du monde football. Mais tant pis, je vais le faire, ça fera du bien, probablement pas qu'à moi.

Liberté, Égalité, Fraternité est luisant comme un phare, vers lequel l'humanité a le désir de marcher, elle l'a fait et elle le refera. Prolétaires de tous les pays, unissons-nous !

Remarques

Remarques sur la conclusion

Le dernier paragraphe ne vient essentiellement pas de moi. C'est juste des citations légèrement modifiées. Elles sont elles-mêmes des conclusions dans les œuvres d'où elles sont tirées. Pour la première, elle est de Pierre Kropotkine (dans son livre "La Grande Révolution 1789-1793" qui est paru en 1909). Pour ce qui est de la seconde, elle nous vient de Karl Marx et Friedrich Engels (dans "Manifeste communiste" dont la "première" édition date de 1872, mais qui s'appelait originellement, en 1848, "Manifeste du parti communiste").

L'Histoire le dira, mais cette incatation au communisme semblera peut-être logique pour celles et ceux qui auront une vue d'ensemble sur le 21ème siècle (à moins bien sûr qu'il n'y ait plus personne pour s'intéresser à la chose). C'est qu'en effet la grogne social monte, ce qui pousse certaines personnes (de plus en plus nombreuses) à s'interroger sur la situation présente, mais aussi plus largement. Ainsi ce n'est parfois pas juste contre le pseudo-néolibéralisme que l'esprit critique s'éveille, mais contre le capitalisme lui-même, c'est-à-dire les invarients qui lui sont propres et donc toujours présents dans ces différentes formes. La (re)montée pourrait être accélérée à haute dose par la lamination d'une hérésie de l'époque (dont la fin sera fort probablement dans le siècle) : la croyance dans l'illimité dans le fini. De quoi potentiellement contribuer à engendrer une ou des révolutions prolétariennes… qui pourrai(en)t faire passer les grandes victoires du divertissement sportif comme des évènements ridiculles, même pour des fanatiques !

Remarques sur l'indifférenciation et le conflit

Pour allez plus loin sur l'indifférenciation, on peut lire l'article nommé Le centrisme, erreur anthropologique et Bayrou, vote révolutionnaire. C'est un texte de Frédéric Lordon qui a été publié le 28 mars 2007 par la revue Mouvements. Comme il l'a indiqué lui-même (dans une intervention en février 2017 à Paris nommée "Nos disques sont rayés"), il s'applique très bien à Emmanuel Macron (comme substituant à François Bayrou).

D'ailleurs dans l'intervention mentionnée, le sport-divertissement y occupe une place. J'en fournis ci-après une transcription légèrement modifiée pour rendre la lecture plus aisée et tronquée pour se focaliser sur le sujet du présent article.

Pourquoi est ce que l'Eucharistie [un sacrement de la religion chrétienne] est un moment si intense ? Précisément parce que c'est un moment de communion affective. C'est un moment de fusion passionelle. C'est un moment de suspension de tous les conflits, de toutes les violences, de toutes les divisions. Les gens sont boulversés par cela.

Quand ils se mettent à chanter tous ensemble, ils sont unis par cette croyance commune et forcément cela les transporte. C'est quelque chose que l'on peut comprendre, parce que ça repose sur des ressorts passionnels qui sont extrêment puissants. Évidement, il suffit qu'ils retraversent le seuil de l'église pour retourner à leurs vies ordinaires et tout fait retour instantanément, la violence, les oppositions, le racisme social, le mépris, tout ce que vous voulez. Mais pendant ce temps magique de suspension du conflit, alors c'est comme une grâce.

Évidement pour ceux qui ne participent pas de la croyance commune qui unit les fidèles au moment de l'Eucharistie, tout cela semble extrêment bizarre. Alors ils regardent d'un air interlocqué ou d'un air moqueur, mais peut-être que ceux-la ils vont au stade le soir même et au stade il va se passer exactement la même chose.

Ils seront en proie à la même fusion passionnelle derrière le club. Évidemment, le stade est un espace socialement différencié : il y a les tribunes pour les riches, il y a les virages pour les pauvres, etc. Mais tous crient pour la même chose et tous sont temporairement unis derrière la même chose. C'est la même Eucharistie qui se produit au stade, formellement parlant j'entends.

Elle peut atteindre des niveaux absolument extrêmes. On a connu cela, par exemple le 12 juillet 1998 [où "la France" a gagné la finale de la coupe du monde de football]. Qu'est ce qui a fait ce souvenir extra-ordinaire ? C'était la communion sociale, c'était l'abolition temporaire de toutes les différences, c'était les gosses des quartiers qui se jetaient dans les bras des fils de bourgeois, etc. C'était un transport passionnel et social, évidemment voué à être éphémère.

Je fais tout ce détour pour expliquer combien il y a là un attracteur passionnel et anthropologique d'une force absolument incroyable. Il magnétise des croyances ou des représentations, mais à tord puisque la conflictualité déniée fait toujours retour et le plus souvent de la pire des manières.